27 Juillet 2026
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L'Information est un bien public, Julia Cagé, Benoît Huet : La crise des médias et la défiance des citoyens envers l'information grandissent chaque jour ...
https://www.seuil.com/ouvrage/l-information-est-un-bien-public-julia-cage/9782021483154
L’information est un bien public, refonder la propriété des médias, J. Cagé, B. Huet, 2021, Seuil, 272 p., 9,49 euros
Julia Cagé est une économiste spécialiste des médias et de la vie politique. Elle a reçu en 2025 le prix du meilleur économiste européen. Benoît Huet est avocat, spécialisé dans le droit des sociétés et le droit des métiers, il a fondé le cabinet Avrillon-Huet
L’ouvrage mène une double analyse, à la fois économique et juridique, de la gouvernance des médias, et propose une nouvelle loi pour garantir des médias indépendants.
Pour eux, la loi qui réglemente les médias et qui date pour l’essentiel de 1944 est largement obsolète, il faudrait la réformer pour donner moins de pouvoir aux quelques milliardaires qui possèdent l’essentiel des médias.
Dans cet ouvrage, les auteurs partent du constat que l’information est un bien public, c’est à dire qu'il peut être utilisé par tous et qu'on peut difficilement empêcher un lecteur de la consommer, mais que pourtant une information de qualité a un coût de production élevé. Il y a donc un défi pour les médias à réussir à se financer, si les lecteurs peuvent accéder gratuitement ou à très faible coût à leurs contenus, ce qui pose la question de la qualité de l'information.
Les principaux médias sont détenus par quelques milliardaires, ce qui pose la question de leur indépendance et de leur pluralisme. (Pour rappel en France, 9 milliardaires détiennent 80% à 90% des médias).
Ce « paysage médiatique dévasté » est à l’origine de ce que les auteurs appellent la « crise des médias » caractérisée par la défiance des citoyens croissante face aux médias. Les auteurs donnent ainsi plusieurs exemples de censure ou d’autocensure des médias, car les journalistes ne peuvent ou ne veulent pas déplaire à leur propriétaire. Les journalistes ne sont pas assez protégés des propriétaires des médias qui peuvent exercer des pressions sur les lignes éditoriales. Peu de règles limitent la concentration des médias. Bataille pour l’information et bataille pour la démocratie, même combat. En effet si les électeurs sont enfermés dans des bulles informationnelles, ils ne peuvent plus se positionner librement dans le débat politique, d’où la nécessité du pluralisme des courants d’expression. L’ingérence actionnariale est d’autant plus problématique que parfois les propriétaires des médias sont aussi propriétaires des annonceurs qui achètent la publicité sur ces mêmes médias. Le journaliste n’osera pas déplaire à l’actionnaire du média qui est aussi le principal client de la publicité. Les journalistes devraient être à l’abri des jeux des actionnaires, comme en témoigne la prise de contrôle du JDD par Bolloré et son changement de ligne éditoriale, malgré une longue grève des journalistes.
Les auteurs discutent des différents statuts juridiques des médias. Ils abordent ensuite d’une forme juridique particulière qui prend de plus en plus d’importance : celle de la fondation, en apparence désintéressée, qu’ils combattent. Par exemple, Xavier Niel, actionnaire principal du Monde, a cédé la quasi-totalité de ses parts dans le groupe Le Monde au Fonds pour l'indépendance de la presse, sanctuarisant le capital du groupe. Pourtant, les auteurs de l’ouvrage restent très critiques vis-à-vis du statut de la fondation ; dans un contexte structurel de baisse des recettes, elle est une sorte de leurre car les milliardaires qui possèdent ces fondations se donnent des airs de mécène, bénéficient grâce à cette forme juridique d’avantages fiscaux de plusieurs millions d’euros tout en conservant l’essentiel de la gouvernance ou la possibilité de la revendre à qui ils veulent. Les industriels propriétaires des principaux médias et qui passent par le modèle de la fondation devraient avoir davantage d’obligations en termes de transparence et de gouvernance.
Ils proposent ainsi une « loi de démocratisation de l’information » caractérisée par une gouvernance démocratique à tous les niveaux, la généralisation du droit d’agrément, c’est à dire le droit pour les journalistes de se prononcer sur un changement de contrôle majoritaire de leur média et de présenter d’éventuels investisseurs alternatifs) ; le droit d’agrément existe depuis 1966 mais devrait être réécrit car il est actuellement vidé de son sens. Le droit d’agrément devrait être confié à un organe de gouvernance paritaire qui inclut au moins une moitié de représentants des salariés, et non uniquement des membres désignés par les associés ; une transparence de la gouvernance, une obligation de mettre en réserve les bénéfices.
Conclusion
Au final, ce livre est tout à fait passionnant, il soulève de vrais enjeux pour la gouvernance des médias, pierre angulaire de la démocratie. Il est porteur d’idées qui permettraient la circulation d’une information de meilleure qualité et moins concentrée entre les mains de quelques milliardaires. A ce titre, tous les citoyens devraient l’avoir lu. Cependant, il est très technique et s'adresse plutôt à un public averti car les structures juridiques qui concernent les médias sont complexes et le livre se situe entre l'essai et un ouvrage à destination de spécialistes du droit et de l'économie. L’ouvrage très technique et difficile à bien comprendre, non par son manque de clarté, mais en raison de la complexité du droit des sociétés et des médias. Cette difficulté de compréhension des enjeux du droit des médias pour le citoyen non initié rend plus difficile la démocratisation pourtant nécessaire du débat autour de la propriété des médias.
Un livre à lire ? Tous les citoyens, tous les journalistes devraient lire ce livre. Parfait pour des étudiants en école de commerce.
Un lire à offrir ? A des journalistes, ou des personnes qui n’ont pas de difficulté avec les sujets de droit un peu techniques.
Une citation ? « Démocratiser l’actionnariat des médias (…) c’est démocratiser l’information : démocratiser sa production (...) en faisant des salariés les meilleurs garants (...) d’un journalisme indépendant ; démocratiser sa consommation également en remettant les citoyens au cœur de l’écosystème médiatique (…) Rappelons ici l’ensemble des règles qui devraient selon nous être inscrites dans la « loi de démocratisation de l’information » que nous appelons de nos vœux :
Les entreprises éditrices de presse/médias audiovisuels privés disposant de plus de 10 salariés doivent compter au sein de leurs organes de gouvernance(...)au moins la moitié de représentants des salariés, parmi lesquels au moins deux tiers de journalistes. » (p. 235)