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Sciences humaines en livres
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Ce que l'égalité veut dire

Ce que l'égalité veut dire
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Ce que l’égalité veut dire, Thomas Piketty, Michael Sandel, ed.Seuil, 2025, 144 p., 16,50 euros

 

 

 

Ce livre est un dialogue entre deux intellectuels spécialistes de la justice sociale : l’économiste français Thomas Piketty, auteur du célèbre Le Capital au XXIe siècle paru en 2013, et l’Américain Michael J. Sandel, professeur de philosophie politique à l’université de Harvard, auteur du non moins célèbre ouvrage Justice, paru en 2008.

Ainsi, ils examinent la montée des inégalités depuis une quarantaine d’années et proposent des pistes concrètes pour les réduire, en démarchandisant l’économie, en investissant dans l'éducation et la santé, en améliorant la justice fiscale. Ils montrent également que le pouvoir politique des plus riches est exorbitant et gagnerait à être limité. 

C’est un livre assez court, vite lu, dont on ressort en se disant que tout un chacun devrait le lire car ce genre d’idées reste peu mis en avant dans les médias alors que les solutions proposées permettraient de faire évoluer la société dans un sens positif pour le plus grand nombre, et de régler les problèmes de pouvoir d’achat, de manque de croissance et d’innovation, ou d’accès à des biens essentiels comme la santé et l’éducation.


 

Dans ce livre, les auteurs dialoguent sur la place du marché et de la mondialisation dans notre société, sur le rôle de l’impôt, mais aussi sur l’avenir de la gauche ou encore cherchent à expliciter des thèmes de société comme le lien entre migrations et changement climatique ou économie et montée du populisme. Je vous mets ici quelques idées du livre qui m’ont particulièrement intéressée :

Aux chapitres 1 et 2, les auteurs montrent l’intérêt d’un double mouvement de lutte contre les inégalités et de démarchandisation. Sandel rappelle qu’en Europe, les 10 % les plus riches concentrent un tiers des revenus et la moitié du patrimoine. Nous sommes depuis les années 1980 dans un monde où les inégalités, la fortune et le pouvoir des milliardaires augmentent. Démarchandiser l’économie signifie pour Piketty que chacun pourrait avoir accès à des biens fondamentaux, comme le logement, la santé ou l’éducation, et que les inégalités ne joueraient plus que pour l’achat des biens de luxe.

Au chapitre 5, les auteurs interrogent l’idée de méritocratie, qui, en plus de ne pas exister (puisque l’égalité des chances n’existe pas ), « corrompt le vivre ensemble en rendant chacun responsable de ses échecs ou de ses succès, ainsi ceux qui ont du succès oublient leur dette envers ceux qui ont rendu possible leur réussite et ceux qui sont en échec se sentent humiliés. » Cette notion de méritocratie serait donc défavorable à la cohésion sociale, et elle aurait conduit la gauche qui s’en est emparée à s’éloigner des classes populaires qui se reconnaissent désormais davantage dans l’extrême-droite.

 

Au chapitre 8, Piketty appelle de ses vœux la création des « Etats-Unis du monde avec la mise en place d’un impôt progressif ». Il reprend l’idée déjà énoncée dans Le capitalisme au XXIe siècle selon laquelle les Etats-Unis, dans les Trente Glorieuses, appliquaient un taux d’imposition élevé et progressif, qui a ensuite diminué car les partis de gauche ont laissé aller trop loin « la religion du libre échange sans aucune réglementation. » Pour les auteurs, davantage de justice fiscale et d’imposition des plus riches est la seule solution pour trouver des ressources pour financer la dette mais aussi la santé ou l’éducation, et réaliser des investissements d’avenir. Aux pages 106 et 107, il explique comment harmoniser par le haut les normes et la coopération internationale, par exemple en demandant aux sociétés installées dans un pays qui demande peu d’impôts mais qui exportent en France de régler le différenciel d’impôt sur les sociétés à la France, ou bien en créant un impôt minimum sur les sociétés au sein de l’OCDE, ou en augmentant la taxation des milliardaires afin de permettre d’indemniser les régions pauvres les plus touchées par le changement climatique. Il juge très insuffisants les dispositifs déjà existants.

 

Le chapitre 9 pose la question de l’avenir de la gauche. Sandel dénonce ainsi la plus grande faiblesse de la gauche : « laisser à la droite le monopole de profonds sentiments politiques : le patriotisme, la communauté, l’appartenance. » Par exemple, l’optimisation fiscale pourrait s’analyser comme un manque de patriotisme. Piketty, de son côté, explique le vote pour les extrêmes et les populismes par la destruction d’emplois routiniers, davantage que par l’afflux de migrants, et par le sentiment qu’ont les habitants déclassés des petites villes industrielles que la société ne leur accorde ni place ni dignité (p. 133).

 

Au final, j’ai trouvé ce livre assez optimiste, car il propose des solutions innovantes et concrètes pour lutter contre les inégalités, rétablir le vivre ensemble, préserver l’environnement et rétablir les comptes publics.

 

Un livre à lire ? Piketty et Sandel appellent à davantage de justice fiscale et d’égalité pour davantage de démocratie. Un livre à lire pour quiconque souhaite mieux comprendre l’économie et notre société.

Un livre à offrir ? Ce livre est généraliste, avec de nombreux sujets abordés, il peut donc être offert à un étudiant ou à un expert en sciences sociales, comme à un citoyen qui cherche à se faire une idée plus personnelle sur l’évolution de notre société.

Une citation ? « Les énormes inégalités économiques menacent cela même qui permet à nos idéaux en matière de démocratie et d’autonomie d’exister. » (p. 14-15)

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