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Sciences humaines en livres

L'Amérique face à ses fractures

L'Amérique face à ses fractures

L’Amérique face à ses fractures, Amy Greene, Ed. Tallandier, 2024, 256 p., 19,50 euros

 

https://www.tallandier.com/livre/lamerique-face-a-ses-fractures/

 

Amy Greene est une politologue spécialiste des Etats-Unis, associée à l’Institut Montaigne. Franco-américaine, elle enseigne à Sciences Po Paris et dans des Universités américaines.

Elle publie également des articles dans le Monde., par exemple ici.

 

L’ouvrage passionnant d’Amy Greene montre de façon exhaustive toutes les fractures présentes qui empêchent le rêve américain de se réaliser : l’ouvrage fait donc le bilan de plusieurs problèmes inhérents à la société américaine :

- problème du surarmement : les armes à feu sont la première cause de décès des jeunes Américains. Amy Greenee propose un bilan chiffré du nombre de fusillades et de décès par arme à feu. On apprend avec stupeur que les enfants noirs ont cinq fois plus de chance de mourir par arme à feu que leurs camarades blancs.

- environnement alimentaire toxique, avec une augmentation de la part des personnes en surpoids et en obésité notamment dans les couches les plus défavorisées de la population américaine : elle décrypte finement les mécanismes à l’origine du problème, qu’ils soient économiques (hausse des prix des fruits et des légumes contre baisse du prix des fast foods tandis que les portions augmentent, ou sociaux et culturels (problème d’accès à des infrastructures pour faire du sport pour les plus pauvres, publicité, normes culturelles...)

- tragédie des opioïdes ;

- montée continue des inégalités socio-économiques depuis les années 1980, avec une explosion des coûts d’accès à la propriété et un coût d’accès croissant à l’éducation. Aujourd’hui, les 10 % les plus fortunés des Américains concentrent 50 % du revenu. « Un employé moyen chez Amazon travaille huit semaines pour toucher ce que gagne Jeff Bezos en une seconde. », avec en parallèle un système qui favorise les plus aisés. Ces questions ont été par ailleurs très bien abordées par l’économiste Thomas Piketty dans ses différents ouvrages.

- système de santé qui discrimine les populations non blanches (le système français est lui aussi confronté au problème mais dans une moindre mesure, comme le montre l’ouvrage « le racisme scientifique et médical » paru chez PUF en 2026)

- problème des nouvelles contestations, féministes et identitaires, qui reculent dans une Amérique toujours plus conservatrice : les mouvements d’émancipation sont à l’arrêt alors qu’ils avaient connu de grandes avancées dans les années 1960, notamment avec la lutte pour les droits civiques des Noirs américains dont l’autrice reprend la chronologie de façon lumineuse.

- trumpisme et violence politique débridée

- dans l’ordre géopolitique mondial, renoncement au rôle de gendarme du monde et perte d’influence face à la montée de nouvelles puissances

- nouvelle génération qui se bat pour le climat et la démocratie : porteuse d’espoir pour l’avenir

 

Chacun de ces points est présenté de façon claire, précise. Assurément, c’est un livre sur lequel on ne va pas s’endormir et qui est facile d’accès grâce à sa structure synthétique, parsemée d’exemples et de données chiffrées. Un indispensable pour qui veut mieux connaître la société américaine.

 

Un livre à lire ? Pour quiconque souhaite mieux connaître la société américaine. Cet ouvrage est assez généraliste, il ne s’adresse pas aux spécialistes des Etats-Unis mais plutôt aux étudiants ou au grand public, et est agréable à lire.

Un livre à offrir ? Aux étudiants en géopolitiques, à quiconque s’intéresse à la société américaine. Le livre pointe les fractures et les problèmes des Etats-Unis, il faut donc que la personne soit déjà intéressée par le sujet pour le lui offrir, sinon ça risque de plomber un peu l’atmosphère.

Une citation ? « Selon une citation attribuée à Alexis de Tocqueville, « la grandeur de l’Amérique ne réside pas dans le fait d’être plus éclairée que n’importe quelle autre nation, mais dans sa capacité à réparer ses fautes. Cette phrase sonne, en 2024, autant comme un rappel que comme un défi » (conclusion, pp. 214-215)

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