27 Juillet 2026
Réanimer la démocratie | Œuvres | Éditions Actes Sud
Alors que la démocratie libérale s'est imposée comme référence dans le monde occidental, son modèle vacille. En France, le désintérêt croissant pour les élections et la montée de l...
https://actes-sud.fr/catalogue/reanimer-la-democratie-020332
La démocratie représentative qui consiste pour les citoyens à élire périodiquement des représentants politiques est un système qui s’effondre. Les citoyens ont de la défiance envers les responsables politiques et ne croient plus en l’expression du suffrage universel comme principe capable de faire vivre notre démocratie. Notons que le constat que dresse Tristan Réchid fait écho aux analyses les plus récentes du CEVIPOF, qui mesure une augmentation de la défiance des citoyens envers les hommes politiques.
L’introduction, intitulée « Nous ne sommes pas en dictature, mais nous ne sommes pas pour autant en démocratie » commence fort : « le peuple ne croit plus à la grande mascarade électorale », et rappelle la montée de l’abstention et de la défiance envers les femmes et les hommes politiques. « Parler de démocratie est un abus de langage » puisque la souveraineté du peuple est confisquée par l’élection. En qualifiant de démocratie notre système oligarchique et en le positionnant comme seul rempart à l’autoritarisme, les hommes politiques préparent la montée des populismes. L’alternative n’est pas l’autorité mais bien la démocratie.
Le pouvoir de décider doit être rendu au citoyen. Tristan Réchid, diplômé de l’IEP de Grenoble, s’appuie sur son expérience réussie des élections municipales de 2014 dans son village de Saillans, qui a permis d’aller vers une démocratie locale réelle. Il raconte cette expérience dans le premier chapitre : alors que le précédent maire n’avait, selon l’auteur, ni respecté ses engagements ni écouté les préoccupations de ses concitoyens, en laissant faire l’implantation d’un supermarché dont ne voulaient pas les habitants. L’auteur explique comment il a mené une liste d’opposition et fait campagne sans programme ni candidat. Des réunions régulières et publiques ont justement pour objet de construire un programme au plus près des préoccupations des habitants et de trouver des volontaires pour être candidats. Dans chaque réunion, huit cercles d’une dizaine de personnes correspondent à chaque thématique du programme à élaborer : urbanisme, transition écologique, petite enfance...Ceux qui le souhaitent peuvent intégrer la liste municipale au cours des réunions. La désignation du maire se porte sur Vincent, veilleur de nuit. A la surprise générale, la liste l’emporte et décide de gouverner de façon horizontale, ainsi la mairie est devenue la maison du peuple.
Dans le second chapitre, l’auteur revient sur les signaux inquiétants de notre démocratie : montée de l’abstention, crise de régime, mauvais remède qu’est la démocratie participative qui ne serait qu’une juxtaposition de « gadgets participatifs sans impact ». Il retrace l’histoire du suffrage universel depuis 1848, symbole de la démocratie au point que les deux notions se confondent. Or la démocratie n’est pas l’élection. Il montre qu’on a confondu volonté de la majorité et volonté générale, aboutissant ainsi à une tyrannie de la majorité, et il reprend des analyses de Tocqueville ou Habermas. Il propose à la place la notion de « démocratie délibérative », inspirée d’Habermas et de Rawls, où « la décision politique n’est légitime que quand elle est le résultat d’une délibération publique entre citoyens égaux ». Il montre que la démocratie délibérative transforme et fédère les opinions au lieu de les agréger simplement. La volonté générale obtenue par délibération est donc plus que la somme des volontés individuelles.
Dans le chapitre trois, l’auteur reprend les critiques traditionnelles en sciences politiques de la participation politique, et notamment le fait que les mieux dotés en capital culturel, économique et symbolique sont ceux qui sont candidats aux élections ; le choix d’être candidat est aussi structuré en fonction du sexe, de l’origine ou de la catégorie socio-professionnelle. Pour pallier ces limites, l’auteur propose de mettre en place un système de tirage au sort sur des mandats courts, un peu sur le modèle des jurys de cour d’assise, occasion de « sortir de l’entre-soi » et du « toujours les mêmes »
Dans les deux derniers chapitres, l’auteur propose un « mode d’emploi » de la démocratie délibérative : animer la démocratie en créant des postes d’animateurs de démocratie, véritables « ingénieurs de la participation », commencer l’expérimentation de la démocratie à l’échelle communale, en montrant, schémas à l’appui, comment réorganiser et partager la gouvernance municipale, afin d’éviter le « présidentialisme municipal ».
En conclusion, ce court ouvrage stimulant appelle à l’« insurrection démocratique ». Sur le site d’Actes Sud, vous pouvez également regarder la bande annonce du court métrage « les règles du jeu » qui montrent comment changer notre système politique.
Un livre à lire ? Par tous les citoyens, et pourquoi pas, spécialement par les jeunes majeurs qui ont voter pour la première fois.
Un livre à offrir ? A tous ceux qui voudraient changer le monde sans savoir comment s’y prendre
Une citation ? « Le peuple ne croit plus à la grande mascarade électorale. » (introduction)